Prologue

Vous vous souvenez du concept du Kino Kabaret right? 48h pour faire un film. Ou deux. Ou dix. Tout le monde collabore, un sujet est lancé dans notre cas ici, un jour on tourne, un jour on monte, et le soir on présente. Shoot, Cut, Go. Nous étions quatre Québécois à nous joindre au groupe de Berlinois - Anastasia, Sylvain, Ianic et moi. Tel que prévu, l'événement avait attiré de la visite d'ailleurs: de Hambourg, Munich, Francfort, Vienne, Toulouse, Bruxelles...une belle gang, un peu plus jeune que l'âge moyen de Kino Montréal et qui, même s'ils ne maîtrisaient pas tous le côté technique, avaient de fichues bonnes idées.

J'arrive à Berlin deux jours avant le début du Kabaret avec Ianic. Nous restions dans un appartement de jeunes avec Constanze, Annah et Armin (un gars), et ce même appart accueilla subséquemment au moins une dizaine de personnes à chaque soir. Le premier soir, nous sortons prendre une bière et, pendant que Ianic boit son infâme bière au sirop (une spécialité locale), je me fais torcher au kicker par des allemands (kicker = baby foot). La deuxième journée se déroule sous le signe du couraillage - aller chercher Anastasia et Jéricho à l'aéroport, aller faire des commissions pour le Kabaret, donner un coup de main pour le montage du trailer officiel du Kabaret...et en soirée, une première rencontre collective au Kinolab.

Le Kinolab est situé au premier étage d'un édifice appelé ACUD qui abrite un bar, une salle de spectacles, un auditorium, une cafétéria, et un local d'exposition, vide, qui nous sert de lieu de travail. Étalé sur deux étages et sur une petite salle à manger, l'endroit est tellement emboucanné (parce qu'ils fument TOUS évidemment) que mes yeux brûlent atrocement les premières journées. De plus, la bâtisse est en rénovation intensive, ce qui donne un air de chantier de guerre à toute la patente. Fun fun fun. C'est également le premier soir que le premier thème est lancé, et je rencontre quelques gens. Les allemands sont des gens timides à l'approche, mais très chaleureux une fois le froid initial brisé. Bien sûr, c'est une généralité. Certains sont complètements mongols. Mais tous ont leur charme.

THÈME 1: FEAR

Shooting day

J'étais venu avec une petite idée que j'ai développée dans l'avion et je décide de l'adapter pour le thème. Le matin, je me monte donc une petite équipe et prend le U-Bahn jusqu'à Alexanderplatz pour tourner mon premier film, Uhrbeobachter (Clock Watchers). Une idée simple, un gag, j'aime bien. Après une halte à l'APOTEKE pour acheter quelques pilules anti-bobos-au-ventre (des douleurs qui me suivent depuis mon arrivée), je retourne au lab voir ce qui se passe. Pas grand chose, tout le monde est en tournage. Je vais prendre une marche et croise Ianic qui tourne lui aussi son premier film. Je décide de l'accompagner pour donner un coup de main, et devient par le fait même le "location scout" officiel de Traffic. Peu de temps après, Sylvain arrive à Berlin et, malgré le décalage horaire, insiste pour tourner un film le soir même. Je pogne ma caméra et nous nous promenons pendant environ deux heures au centre-ville de Berlin, le soir, pour tourner Ängstlich Tourism (Scary Tourism), une sorte de carte postale musicale amusante. Ensuite, dodo.

Editing day

Je me lève assez tôt pour monter mon film, mais je décide de rester chez Armin. Mon estomac est encore un peu en bordel, et l'atmosphère boucaneuse du lab ne me tente pas. Je termine mon premier film assez rapidement pour jouer un petit rôle (le gars qui donne un coup de poing) dans Stop the Fear, de Filip (Hambourg). Ensuite, Sylvain me rejoint et nous montons son film tout l'après-midi. Le soir venu, le trio de films canadiens est un succès et il est soudainement plus facile de se trouver des collaborateurs. Le second thème est annoncé et, pour faire exprès, c'est un terme qui est intraduisible en anglais ou en français. Wolkenbruch. Littéralement...

THÈME 2: CLOUD BURST

Shooting day

Le thème ne m'inspire pas, et j'en profite pour dormir un peu plus tard. Dans l'après-midi, je me rends au lab et mes services sont immédiatement requisitionnés, tout d'abord comme preneur de son sur Herbzbruch (Heart Burst) de Constanze (Berlin), puis comme caméraman pour le film de Sami (Toulouse), sur l'histoire d'une fille aveugle qui regagne la vue. Malheureusement, Sami n'est pas trop organisé et le tournage commence tard...nous avons seulement le temps de tourner quelques éléments visuels et il fait trop noir pour continuer à tourner à l'extérieur. Nous enregistrons un peu de narration, et c'est tout. Son film restera inachevé. Par-contre, sur le tournage du film de Constanze, j'en profite pour recruter une très bonne et très jolie actrice, Uta (Hambourg), pour mon prochain film. En soirée, je chill au lab, aidant les gens qui montent du mieux que je peux, et finalement je retourne avec Ianic à l'appart afin de commencer le montage de son second film.

Editing day

Ianic m'a demandé de monter son film, Polaroid, et ça s'avère être tout un challenge. L'histoire du film est principalement constituée de trois master shots, entièrement improvisées, toutes en allemand. Ouch. Je suis assez impuissant sans traducteur, et en après-midi nous nous rendons plutôt au Kinolab pour une session de montage intense. Après avoir réquisitionné l'aide de quatre assistants, le film est terminé, et est un succès à la projection du même soir, où je sers de projectionniste. Whoopee.

THÈME 3: EARTH

Shooting day

À force de me promener dans les parcs de Berlin au cours des journées précédentes, j'ai développé une petite idée de scénario, et j'ai réussi à recruter Ianic à la caméra, ainsi que deux bons comédiens, Uta et Saro (Berlin). Après avoir passé une heure en table ronde pour traduire de la meilleure façon possible le script que j'ai griffonné dans mon carnet, nous nous rendons à l'énorme Tiergarten pour y tourner mon deuxième film, Kompetenz (Compétences). Le tournage va très bien, et j'ai cette fois une assistante (Julia, de Hambourg, fille géniale) qui surveille les comédiens pour moi. Le tournage finit assez tôt et je retourne au lab. Je retrouve Sami, et sert à nouveau de sound man sur son second film, qu'il terminera cette fois, et qui parle d'un homme qui jette son bébé aux poubelles. Ou quelque chose comme ça. Une fois ça reglé, je croise Sylvain qui a accepté de servir de caméraman sur le film de Julia (une autre, Munich), Töchterin auf die Erde (Daughters of the Earth), une histoire de sorcellerie. Je décide d'embarquer en guise de, et oui, sound man, et nous passons une soirée un peu débile. Tournage en début de soirée sur le campus d'une université, puis chez une des comédiennes, dans un appartement minuscule jusqu'à très très tard. Mais c'était très cool.

Editing day

L'ambiance chez Armin est plutôt morbide lorsqu'on est seul. Je vais donc au Kinolab monter comme un fou toute la journée. En soirée, j'ai même le temps d'éditer un film quickie de Julia (la première), et la projection de la soirée est géniale. Mon film est un hit. Je suis comblé. Party jusqu'à 4h AM ensuite.

THÈME 4: CRASH

Shooting day

Aujourd'hui, pour la première fois depuis mon arrivée, il ne fait pas beau. Je décide quand même de prendre un peu de temps off-Kabaret pour aller me promener avec Anke. Après avoir fait quelques courses, je retourne au lab pour sélectionner des films à ramener avec moi au Canada. Puis, en soirée, je vais souper chez Anke. Une journée de repos.

Editing day

Je monte le second film de Sylvain, Wiedersen macht Freude ou quelque chose du genre, un film ambitieux avec énormément de dialogues. Encore une fois, gros challenge à cause de l'allemand, et le film est assez long, mais nous finissons quand même ça à temps pour la quatrième, et dernière projection. Moment émouvant après la projection. C'est spécial de passer 8 jours avec la même gang de monde, sans s'arrêter pour se connaître plus qu'il faut, puis tout arrêter en se demandant si on va se revoir. Once in a lifetime. Le party se poursuit toute la nuit et je prends la décision très idiote de ne pas dormir pour prendre mon avion le lendemain à 10h. Sauf que l'avion est en fait à 13h parce que je ne sais pas vraiment comment lire mon billet électronique. Damn. Après 1h30 de sommeil tout habillé qui ne fait que me décrisser encore plus, moi et Sylvain partons pour l'aéroport où je procède à dormir comme un porc durant tout le vol. Fin du voyage?

SUPPLÉMENTAIRE!

Notre avion reste pris sur la piste d'atterrissage à l'escale, Paris, pour des raisons trop plates pour expliquer. Moi et Sylvain passons donc une nuit bonus à Paris. Pas de quoi se plaindre - tout est payé, le buffet est écoeurant, et je dors dans un vrai lit pour la première fois depuis un méchant bout. Joy. Le retour au pays se fait donc le lendemain, plus reposé, et moins sale. Avec deux beaux films sous les bras.

J'adore ça.

APPENDIX

Films
Réalisés: 2
Montés: 6
Tournés: 1
Pris le son: 3
Joués dedans: 2

Nourriture
Surtout des nouilles, de la pizza, et BEAUCOUP de Döners, espèce de Shish Taouk turcs. Et un peu de choucroute. Quand même.

Moment mémorable
Prendre le métro avec nos bières. Car oui, c'est légal. J'adore cette ville.

Films dans l'avion
Millions
Hostage (dormi dessus, trop plate)
Batman Begins
Charlie and the Chocolate Factory
Wedding Crashers

La saga des malheurs
Voici un bref résumé de tous les événements cocasses qui se sont déroulés dans les derniers moments de mon voyage.
1. Trompé d'heure de départ du vol de retour.
2. Oublié mes clés dans ma valise une fois tous les cadenas mis. Obligé de scier un des cadenas.
3. Manque le transit à Paris.
4. Air France perd ma perche (je l'ai depuis récupérée)
5. Sylvain casse sa bouteille de vin à l'aéroport (son seul souvenir)
6. Je perds mes clés.

Photos


Ianic et moi

Constanze

Armin et Knipp

Anselm et Julia

Sami

Sven et Sara

Sylvain

The beermeister


À quand la prochaine fois? On ne confirmera rien, mais il y a un Kabaret à Vienne en mai 2006...

Tchüss!

Jüles